Viagra : Comment la petite pilule bleue a changé le monde

Le Viagra (sildénafil) est l’un des médicaments sous ordonnance les plus connus du marché américain. Souvent surnommé “la petite pilule bleue”, le Viagra a été le premier inhibiteur de la phosphodiestérase 5 (PDE5) approuvé pour le traitement de la dysfonction érectile (impuissance). La dysfonction érectile est une affection sexuelle courante chez l’homme, dont la fréquence augmente avec l’âge.

On estime qu’environ 30 millions d’hommes aux États-Unis et plus de 100 millions d’hommes dans le monde souffrent de cette pathologie. Une vaste enquête menée aux États-Unis a révélé qu’environ 50 % des hommes âgés de 40 à 70 ans présentent des troubles de l’érection.

La découverte inattendue du Viagra

La découverte du sildénafil comme déclencheur d’érection était imprévue. Le sildénafil a été développé à l’origine par Pfizer, dans le traitement de l’hypertension artérielle, ainsi que de l’angine de poitrine (douleur thoracique due à une maladie cardiaque). Au cours des essais cliniques sur le cœur, les chercheurs ont découvert que cette molécule était bien plus efficace dans l’indication des troubles sexuels plutôt que cardiaques.

Pfizer, conscient d’un vaste besoin médical dans cette indication, a alors mis le Viagra sur le marché, profitant ainsi d’une occasion de gain financier majeure. Nombreux sont les hommes susceptibles d’acheter du Viagra, que ce soit en ligne ou suite à une consultation de leur médecin traitant.

En 1998, l’agence du médicament approuve la vente de Viagra, premier traitement oral de la dysfonction érectile, sous examen prioritaire.

Un succès rapide : Le Viagra approuvé par l’agence du médicament

Au moment de sa mise sur le marché, le Viagra connaît la plus forte des croissances de vente après lancement d’un médicament sous ordonnance. Victime de son succès, il atteint un sommet à près de 2 milliards de dollars de ventes, en 2008. Pfizer promeut le Viagra et sensibilise les populations au problème de l’impuissance, via des publicités directes aux consommateurs, les incitant à demander conseils et traitements à leurs médecins.

Pour de nombreux hommes, la stigmatisation et l’embarras d’évoquer la dysfonction érectile à leur médecin sont bien moins prononcés depuis l’introduction du Viagra et des autres inhibiteurs de la PDE5.

L’impact de la dysfonction érectile (impuissance)

La dysfonction érectile, c’est-à-dire l’incapacité à obtenir ou à maintenir une érection, peut conduire le patient à une anxiété vis-à-vis de ses performances sexuelles, soit un impact négatif sur son estime de soi et ses relations personnelles, voire une dépression clinique.

En effet, au sein d’une enquête publiée auprès de BMJ, 62 % des hommes signalent une baisse de leur propre estime, 29 % rapportent un impact relationnel négatif et 21 % indiquent que ces troubles de l’érection ont eu raison de leur couple. Pour beaucoup d’entre eux, être moins performant au lit affecte directement leur fierté masculine.

Les dates clés de la création du Viagra

1985 : Le concept initial

En 1985, les chercheurs scientifiques de Pfizer décidèrent de mettre au point un médicament indiqué dans le traitement de l’insuffisance cardiaque et de l’hypertension. Ils recherchaient une molécule vasodilatatrice, c’est-à-dire permettant d’ « élargir » les artères, afin d’abaisser la tension artérielle et ainsi réduire le travail du cœur. Ils choisirent une molécule qui puisse cibler une enzyme spécifique, présente dans la paroi des vaisseaux sanguins.

1986 – 1990 Début de la recherche et du développement de la molécule active

Entre 1986 et 1990, des centaines de principes actifs possibles furent synthétisés et testés en laboratoire.

Le composé le plus prometteur reçut le nom de code UK-92,480. Il possédait des propriétés suggérant qu’il serait un médicament prometteur dans le traitement de l’angine de poitrine. La recherche fut alors réorientée vers l’étude de cette maladie cardiaque.

Cette dernière molécule, le citrate de sildénafil, donna origine au médicament traitant les troubles de l’érection, ensuite commercialisé sous le nom de Viagra

1991 Essais de volontaires

En 1991, des volontaires sains participèrent aux essais cliniques d’innocuité du Viagra, permettant également d’étudier le métabolisme du composé par l’organisme. Ceux-ci démontrèrent que son utilisation était sans danger. Lors d’essais durant plus de 10 jours, les volontaires sains signalèrent des effets secondaires inattendus. En effet, les hommes volontaires rapportèrent avoir des érections plus fréquentes après la prise du médicament contre l’angine de poitrine !

1992 La dysfonction érectile

Suite aux effets secondaires inhabituels observés lors des essais sur les volontaires, les chercheurs ont pensé au Viagra comme à un traitement de la dysfonction érectile (DE). C’est une affection grave, dans le sens où ses conséquences psychologiques et émotionnelles touchent de nombreuses familles.

La recherche autour du Viagra comme traitement de l’angine de poitrine s’est poursuivie, mais le médicament ne s’est pas révélé être assez puissant pour être considéré comme significativement utile.

1993 – 1996 Début des essais cliniques dans l’indication de la dysfonction érectile

Les essais cliniques “à double aveugle, contrôlés par placebo” ont commencé en 1993, afin de tester l’efficacité du Viagra chez des patients souffrant de dysfonction érectile. Pour qu’il résulte de ces essais un test équitable, ni les patients ni leur médecin ne savaient si le médicament dispensé était le composé actif ou un placebo (inactif).

C’est alors que le Viagra s’est avéré être un franc succès.

1997 Demande de brevet

Tous les médicaments doivent être homologués par les autorités médicales avant de pouvoir figurer sur une ordonnance. Pour y parvenir, les essais doivent démontrer de sa sécurité et de son efficacité. Il faut compter environ 12 mois pour obtenir l’approbation d’un nouveau médicament. Dans le cas du Viagra, une licence fut attribuée en seulement 6 mois.

1998 Dépôt de brevet et autorisation de mise sur le marché du Viagra

Au cours des trois premiers mois suivant sa mise sur le marché, le Viagra figurait sur 2,9 millions d’ordonnances. Un succès retentissant, qui n’est pas prêt de s’arrêter…

Mr Vine

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